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Campagne Semaines Pascales 2000

Vaincre le tribalisme pour créer une Église Famille et un Cameroun réconcilié et uni

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TRIBALISME ET ÉLECTION DANS LA BIBLE

Par l'Abbé Marcus NDONGMO, Professeur de Théologie morale à l'Université Catholique d'Afrique Centrale.

En Afrique en général et au Cameroun en particulier, le tribalisme est un fait prépondérant. Il se vit à tous les niveaux de la société. Pour endiguer ce phénomène dévastateur qui est à l'origine de nombreux conflits sociaux et guerres tribales, et dans la perspective de construire un Cameroun réconcilié et uni en même temps qu'une Eglise-Famille comme l'ont souhaité les pères évêques au synode africain, il nous a paru nécessaire de parcourir la Bible et de voir comment le phénomène y est abordé.
Parlant du tribalisme, le principe biblique qui doit être déployé et qui traverse largement d'un bout à l'autre les Saintes Ecritures, est celui de l'élection. Election vient du verbe latin eligere qui veut dire choisir et qui fait allusion aux élus de Dieu. L'expérience de l'élection est constante dans la Bible depuis Abraham avec les autres patriarches jusqu'à l'Eglise comme nouveau peuple élu en passant par le peuple d'Israël avec les douze tribus, les prophètes, les rois, les prêtres et les lévites, les douze Apôtres, et surtout avec la figure prééminente de Jésus-Christ qui est le seul véritable Elu de Dieu et en qui l'on doit pouvoir comprendre la portée ou la signification des autres élus. Et si tel est le cas, c'est parce que, sans ce principe biblique d'élection, il est impossible de comprendre le dessein de Dieu sur l'homme car l'élection est une expérience tout à fait décisive dans la foi et la conscience des croyants. Néanmoins, ce principe ne se laisse pas saisir facilement car il peut être à l'origine de beaucoup d'ambiguïtés.

Vu superficiellement, le fait que Dieu ait à choisir particulièrement certaines personnes comme ses élues fait penser à un exclusivisme. Il privilégierait certaines personnes par rapport à d'autres ; il accorderait ses faveurs et ses grâces à quelques-uns et pas à d'autres. L'on peut dès lors se demander sur quels critères agirait-il ainsi ? Son élection, serait-ce le résultat d'une décision arbitraire, auquel cas ne serait-il pas plutôt un Dieu despote, injuste et scandaleux ? De plus, l'élection d'un peuple ou d'un individu particuliers ne met-elle pas en mal la recherche d'un universel ? Comment comprendre que Dieu se présente comme le Dieu de tout le monde alors que par ailleurs il a un choix et un amour de prédilection pour certains ? Si toutes ces ambiguïtés que nous signalons n'étaient pas levées, nous tomberions inévitablement dans le tribalisme qui consiste à croire que nous sommes supérieurs à d'autres, que nous avons des vertus particulières dont nous pouvons nous vanter et par conséquent rabaisser ou mépriser les autres. Cette surestimation de soi qui n'est autre qu'un orgueil démesuré, en s'enfermant sur ses privilèges, excite la jalousie des autres qui, cherchant à relever le défi, provoquent des tensions et des guerres fratricides. On comprend pourquoi nous devons nous inscrire en faux contre une telle interprétation. Le principe biblique de l'élection signifie tout autre chose et nous pouvons ici en déployer les différentes caractéristiques.

La première caractéristique du principe de l'élection, c'est la gratuité et l'initiative première de Dieu. Dieu aime le premier et c'est lui qui a l'initiative. Amour prévenant et gratuit de Dieu sans aucun mérite de notre part. Comme le rappelle Deut.7,7 si Yahvé a choisi le peuple Israël, ce n'est pas parce qu'il est le peuple le plus nombreux ou le plus puissant ; au contraire, c'est le plus faible des peuples. De même, le Christ, en prenant l'initiative de choisir les douze Apôtres est bien conscient de leur fragilité. Auprès des scribes et des pharisiens, ils ne représentent rien du tout ; ils ne sont que des pauvres pêcheurs. Mais la puissance de Dieu se révèle dans la faiblesse humaine comme le dit Saint Paul. Les élus de Dieu sont donc appelés à un comportement nouveau qui se résume dans la vertu de l'humilité. Aucun des élus dans la Bible ne se croit être digne de l'amour prévenant de Dieu. Ainsi en est-il de Moïse (Ex.3), d'Amos (Am.7,15), de Jérémie (Jér.1,4-10), de Marie (Lc.1,26-38) etc. C'est dire qu'aucun mérite, aucune valeur de la part des hommes ne justifient le choix de Dieu. Ce choix est purement gratuit et œuvre d'amour de Dieu.
La deuxième caractéristique du principe d'élection, c'est que Dieu choisit toujours en vue d'une mission donnée, qu'elle soit permanente ou temporaire. L'élu est nécessairement un serviteur ; serviteur de Dieu, sacrement ou signe de Dieu auprès des hommes. Si l'élu a des privilèges, c'est à cause de la mission qu'il est appelé à exercer. Ainsi, un privilège, quel qu'il soit, ne se justifie qu'en fonction du service attendu. Comme Jésus-Christ, le Serviteur par excellence, tout élu de Dieu doit se dépenser au service de ses frères et soeurs, et notamment des plus petits : "Le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie..." (Mc.10,45). De plus, en rendant service, on n'attend aucune récompense des hommes sinon celle de Dieu car après tout, nous ne sommes que des serviteurs inutiles dans la mesure où c'est encore Dieu qui nous donne les forces nécessaires pour accomplir ce que nous avons à faire. Le service des hommes et surtout des plus petits se trouve donc être une composante essentielle du principe biblique de l'élection.

Enfin, la troisième caractéristique concerne le passage du particulier à l'universel. A partir du choix d'un peuple ou d'une personne, Dieu veut atteindre la multitude. A Israël qui au retour de l'exil semble l'oublier, les prophètes rappellent les perspectives universalistes du salut. Le choix du roi païen Cyrus comme le libérateur d'Israël aura été une attestation que Dieu est véritablement le Dieu de tous. Cette réalité est manifeste avec Jésus-Christ qui vient pour le salut de tous sans aucune exception. C'est parce que le Christ est tellement unique qu'il est seul vraiment universel. Il n'y a donc d'uniques que solidaires. Toute vocation particulière est corrélative d'une mission universelle. L'élu qui a fait l'expérience de l'amour particulier de Dieu doit révéler à tous les hommes qu'ils sont aimés de manière particulière et unique par Dieu. C'est en fait la mission des douze Apôtres ainsi que celle de l'Eglise à travers toutes les nations. Partant de l'élu le plus petit et le plus faible, on peut ainsi atteindre l'universel.

En mettant en œuvre ces différentes caractéristiques du principe biblique de l'élection, nous voyons alors comment il nous est possible de vaincre le tribalisme. Si notre peuple ou notre tribu se croit élu de Dieu, ce n'est pas à cause d'un mérite personnel. C'est une grâce de l'amour prévenant de Dieu que nous devons déployer au service des autres et surtout des plus faibles.