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Campagne Semaines Pascales 2000

Vaincre le tribalisme pour créer une Église Famille et un Cameroun réconcilié et uni

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POLITIQUE ET TRIBALISME

Contribution à l'occasion de "La Campagne Semaines Pascales 2000"
(avril-juin 2000)
Par Sa Majesté Philippe Jean-Rameau SOKOUDJOU, Chef supérieur Bamendjou.


Introduction
L'on a coutume de dire que le moi est haïssable. Mais je voudrais vous prier d'accepter que je vous retrace mon histoire personnelle. Non pas pour les besoins d'une certaine autoglorification, encore moins pour me poser en m'opposant aux autres, mais pour vous édifier, pour nous édifier sur un phénomène rampant qu'est le tribalisme.

Vous avez donc compris que la méthode que je veux utiliser pour vous faire partager ma vision de ce problème n'est pas celle que les intellectuels emploient souvent, mais celle à laquelle les hommes qui sont très souvent dans le feu de l'action recourent. Je veux parler du récit d'expériences : l'expérience de ma vie de jeune homme, de Chef traditionnel et d'homme public engagé dans un corps-à-corps souvent difficile avec une réalité têtue, mais toujours sensible à ce qui me semble essentiel : la paix et la réconciliation entre les hommes. Ces expériences constitueront pour nous la matière première pour réfléchir sur le fléau du tribalisme et imaginer les solutions à mettre en œuvre pour construire nos localités, nos régions et notre pays.
Mon témoignage sera fait en deux parties : je comme d'abord par mon itinéraire. Je terminerai par les leçons que je tire de mon parcours personnel.

Un itinéraire tout en symbole
Jeune et ce, depuis 1946, je vis loin de mes parents. Non pas chez une tante ou chez un oncle dans mon village, mais loin de mon village et loin de ce qu'on appelle aujourd'hui la Province de l'Ouest. Je grandis dans le Centre, au milieu des gens qui ne sont pas de ma famille naturelle. J'apprends leur langue, leurs coutumes. Je vis avec eux et comme eux sans qu'il ne me soit reproché d'être Bamiléké, d'être venu d'ailleurs et sans que je leur reproche d'être béti et d'être d'ailleurs. Nous vivons dans la symbiose jusqu'au jour où les notables Bamendjou envoient me chercher, à la mort de mon père, pour lui succéder. C'est une battue qui est organisée dans la région d'AFAN OYO pour me retrouver. Et dès que je suis identifié et arrêté, c'est la stupeur dans ma seconde fa http://www.multimania.com/antisn Oui à l'Emploi, Oui à l'armée de métier, mais Non au service national sous contrat de travail, Non à l'absurdité. http://www.multimania.com/antisn mille, qui se demande où on emmène son enfant. La protestation est au comble. C'est au bout de rudes négociations que les émissaires de la tradition repartent avec moi, pour m'installer sur le trône de mon père en 1953. Inutile de dire que pendant mon séjour en "pays" Béti, j'y ai fait des amis, de vrais amis. J'y ai des frères, des sœurs, bref j'y ai une partie de moi-même, quelque chose comme un cordon ombilical enfoui dans la terre de mes ancêtres.

Je n'oublierai jamais certains faits marquants de ma prime enfance, lesquels tendent tous à montrer qu'avant l'indépendance de notre pays, les peuples du Cameroun vivaient dans la paix, dans la tolérance et dans la fraternité :

1946 : je suis élève à l'école de la mission catholique de Nkongsamba. A la veille la fête pascale, je décide de me rendre à Bamendjou à pied avec mon frère. Dans le village de Bouroukou où la nuit nous surprend, je frappe à la porte d'un inconnu qui accepte de bon cœur de nous offrir un lit, un repas et des provisions pour la route sans se demander à quelle tribu nous appartenons.

1946, cette fois à Yaoundé : je suis élève à l'école de la mission catholique à Mokolo. Je décide de me rendre à Edéa à pied. En cours de route, c'est le regretté André Marie Mbida, alors étudiant au séminaire de Mvolyé, qui me recueille et me garde chez l'une de ses connaissances pendant quatre mois. Ni lui ni cette relation ne se posent la question de savoir quelle est mon origine tribale.

Après ce séjour, je mets le cap sur Douala. Pendant toute la traversée du pays Bassa, je me sens chez moi car je suis hébergé et nourri comme tous les autres enfants de mon âge. A Edéa, je rebrousse chemin et à 47 km de Yaoundé, je croise un ami au sortir d'une messe. Il m'emmène chez ses parents qui me prennent comme leur fils. C'est là que je vivrai et que je grandirai jusqu'en 1953.

1956 : des élections sont organisées sur tout le territoire. Le regretté Douala Manga Bell est plébiscité dans toute la région Ouest. L'Ouest était pour ainsi dire son fief électoral et non le littoral qui est sa région d'origine.

Voulez-vous encore des preuves ? Je vais vous en présenter deux autres. A vous de juger : j'ai en ce moment à la chefferie Bamendjou deux de mes enfants qui, bien que de tribus différentes, portent le même nom : Atangana. Mais c'est leur histoire personnelle qui est riche d'enseignements : le premier, c'est l'homonyme de mon père adoptif. Sa mère est actuellement mon successeur dans la concession où moi-même j'ai été désigné successeur chez les béti. Sa grand-mère, je l'ai dotée en 1954 pour mon grand-frère béti.

Installé sur le trône de mon père et jouissant de l'autorité ancestrale, me voilà courtisé. D'abord par le parti unique. Au nom de l'intérêt général de mon peuple, je ne me laisse pas embarquer. Mais je ne déclare pas la guerre à cette machine, convaincu que le rapport de force ne peut pas être en ma faveur ni en celui de mon peuple qui par la passé, a connu bien des menaces, quelques fois pour des raisons purement tribales.

Arrive le multipartisme avec tous les espoirs qu'il a fait naître. Arrivent les années de braise, c'est-à-dire les années 1990-1991. Je suis de nouveau sollicité. Je suis même harcelé par le parti au pouvoir. Et par les partis de l'opposition. Chacun vient à moi avec de grands idéaux d'unité nationale, de gestion transparente, d'égalité de chance, de répartition égale des fruits de la croissance… Avec le recul que je prends, je comprends que la musique que chacun chante contredit son pas de danse. Sous le couvert de l'unité nationale, beaucoup encouragent les divisions tribales, même en leur sein. Il y a des postes réservés à telles tribus, des postes refusés à d'autres. je me dis qu'en tant que Chef Traditionnel avec un peuple que je ne dois pas enfermer dans une chapelle politique par un comportement partisan, je dois être au-dessus des partis. Je dois encourager chacun des partis à développer mon village, ma région, mon pays, loin des intrigues tribales.

Mes prises de position m'ont valu bien des problèmes. Mais si je suis contrarié parce que je veux l'unité de mon peuple, parce que je veux la paix entre les tribus, ma conscience ne me reprochera pas. On m'a taxé d'upéciste tout simplement parce que j'étais en contact avec tous mes administrés indépendamment de leurs sensibilités politiques.

D'autres événements viendront par la suite me conforter dans ma position. D'abord l'installation de Mgr André Wouking à la tête de l'Archevêché de Yaoundé. Cet événement m'a donné l'occasion d'une mobilisation locale d'envergure. Pour donner un caractère pacifique à la fête. Pour décourager tout excès de zèle tribaliste et tout écart de comportement qui auraient pu donner l'impression que la fête avait les allures d'une prise de Bastille, d'une prise de pouvoir, d'une exaltation revancharde ! C'est pour cela que je me suis rendu à Yaoundé avec l'arbre de la paix comme pour dire qu'il n'y a que la paix qui compte, qu'il n'y a que cela de vrai.

Je m'arrête sur le Sacre de Mgr Atanga comme Evêque de Bafoussam. J'ai déployé le même effort de mobilisation des populations pour donner un cachet de paix à la fête. Nous avons reçu le successeur de Wouking comme un fils de l'Ouest sans aucune discrimination. Vous l'avez vu ou peut-être suivi : la fête était belle. Il y a eu autant de cadeaux sinon plus qu'à Yaoundé. Il y a eu autant de joie sinon plus qu'à Yaoundé. L'accueil des populations du Centre venues soutenir l'heureux élu, était magnifique. C'était une façon pour nous de marquer notre différence avec les hommes politiques qui veulent nous utiliser contre nous-mêmes.

Que faut-il tirer comme leçons de ces expériences ? Comment nous en inspirer pour tordre le cou au monstre du tribalisme qui nous empêche de dormir, de travailler dans la paix des cœurs et de vivre au Cameroun comme chez nous ?

Les leçons d'un parcours
La première leçon que j'en tire est celle-ci : en tant que gardien de nos traditions, il me revient comme il devrait revenir à mes pairs de jouer sur le registre de la paix et de la sécurité de nos populations. Vous le savez autant que moi, notre tradition a toujours protégé les faibles, les démunis et les étrangers. Dans chacun de nos villages, dans les endroits les plus enclavés, il y avait toujours des espèces de cases de passage destinées à accueillir les passants que la nuit ou la pluie surprenaient. Et lorsqu'un étranger arrivait dans une concession, très souvent on lui trouvait à manger et à boire avant même d'engager la conversation. Ce sont là quelques aspects de l'hospitalité africaine qu'il faut raviver aujourd'hui.

La deuxième leçon, et elle est relative à la vie politique du pays, c'est que sans être à la marge des débats politiques, les Chefs que nous sommes devrons être des symboles d'unité et de réconciliation. Unité de nos populations à l'intérieure, réconciliation de nos populations sur un plan plus large, c'est-à-dire entre les villages, les Arrondissements, les Départements et pourquoi pas les Provinces. Sans distinction des chapelles politiques ni de la provenance tribale.

Comme Chef traditionnel, j'ai choisi de respecter nos traditions, les traditions bamiléké. J'ai choisi de protéger tout le monde. Ce faisant, j'ai choisi de garder la neutralité, car je refuse de toutes mes forces d'être utilisé par les hommes politiques contre mon peuple. Le rêve des politiciens, c'est de nous utiliser contre nous-mêmes, pour asseoir leur pouvoir et consolider leurs intérêts. Ils veulent nous embarquer dans des bateaux vers des destinations inconnues. C'est pourquoi ils ont créé le tribalisme de toutes pièces.

Si mes collègues pouvaient se mettre ensemble et regarder vers la même direction, nous pourrions véritablement devenir des instruments pour lutter contre le tribalisme. Car, en vérité, le chef ne doit pas être le concurrent de ses administrés. Je le vois mal entrer dans une compétition politique avec eux. S'il le fait, c'est à ses risques et périls. Ce serait une façon pour lui de banaliser les fonctions, de les traîner dans la boue et de leur enlever leur caractère sacré.

La troisième leçon découle de la seconde. La réconciliation nationale tant rêvée n'adviendra effectivement qu'à travers une réconciliation locale qui doit se faire de proche en proche. Le processus est exactement celui que doit emprunter un village qui veut assurer sa propreté. Pour qu'un village soit propre, il faut que chacun balaie devant sa porte, mais en montrant clairement aux autres villageois qu'il le fait et en invitant ceux qui traînent les pieds à le faire autant que soi. C'est ce que je m'évertue à faire et je suis convaincu qu'un jour le village Cameroun sera propre grâce aux efforts de tous et de chacun. Je suis convaincu que nous pouvons éviter certaines scènes de tribalisme qui ont traumatisé notre pays et que l'intégration nationale sera à terme, une réalité.

Nous autres, Chefs Traditionnels, avons un rôle important à jouer dans l'éradication du tribalisme. En puisant dans nos traditions ce qui unit et rassemble, en puisant dans les traditions des autres ce qui est positif, nous pouvons arriver à construire un pays nouveau où il fait bon vivre. Ne nous laissons pas distraire par ceux qui n'ont que leurs intérêts à défendre contre le peuple. Il y a toujours plus de choses qui nous unissent que de choses qui nous séparent. Et même ce qui nous sépare peut être dépassé si nous le voulons de toutes nos forces. Si nous comprenons ces choses simples et le mettons en pratique, nous pourrons venir à bout du tribalisme car avec le tribalisme on ne peut pas construire une nation.

Chef Supérieur Bamendjou