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Campagne Semaines Pascales 2000

Vaincre le tribalisme pour créer une Église Famille et un Cameroun réconcilié et uni

Contributions

Les contributions

Le Cahier d'animation

Le rapport d'activité

ÉGLISE ET TRIBALISME

Conférence à l'occasion de "La Campagne Semaines Pascales 2000",
Bafoussam, le 28 Avril 2000
Présentée par Mgr Joseph ATANGA, Évêque de Bafoussam

Le Christ est vraiment ressuscité Alléluia !

Je salue fraternellement la présence de chacun d'entre vous à cette soirée de réflexion.
Je remercie les organisateurs de la Campagne Semaines Pascales 2000 qui m'ont associé aux activités de cette campagne. Vous le savez je n'ai pas encore fait un an dans le diocèse. Je ne connais pas encore la tradition des semaines pascales, mais je me réjouis d'y être impliqué et d'y apporter ma petite contribution pour que le message du Christ ressuscité, puisse se répandre et faire de nous des hommes nouveaux et des femmes nouvelles.

Selon les vœux des organisateurs de cette soirée, mon rôle ce soir au milieu de vous est d'introduire une réflexion pour qu'ensemble, Pasteurs, Prêtres, Fidèles des Eglises catholiques et protestantes, nous menions une réflexion profonde sur le phénomène du tribalisme aujourd'hui, et comme églises nous découvrions notre mission pour lutter contre ce fléau. Je ne viens donc pas à vous comme un expert sur la question du tribalisme, mais je vais faire juste une ouverture pour nous permettre d'échanger ensemble et de nous engager chacun en ce qui le concerne contre ce mal qui mine notre société et nos églises.

Mon propos comporte trois points :
La solidarité tribale, une richesse
Le dérapage de la différence tribale au tribalisme
La mission de l'Eglise contre le tribalisme

L'histoire de l'Afrique est une suite de situations dramatiques, de malheurs, de guerres. Parmi les causes de ces drames, on peut mettre en relief l'idolâtrie de l'ethnie, la volonté de puissance, la course aux intérêts égoïstes etc. Les Eglises, lieux par excellence de l'annonce de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ sont malheureusement aussi souvent des centres de conflits tribaux, des intrigues de toutes sortes, des lieux d'exclusion et de rejet. Le cahier d'animation de cette Campagne Semaines Pascales 2000, dans ses pages 10 et 11 relève bien ce qui s'est passé dans nos Eglises catholiques et protestantes au Sénégal, au Togo, au Bénin, au Cameroun. Dans le drame Rwandais de 1994, les Eglises sont aussi mises en cause. C'est une page triste de l'histoire de l'Eglise en Afrique qui nous révèle clairement que le virus du tribalisme est là et tend à détruire dangereusement le projet de Dieu. Il y a rupture entre le discours chrétien et la vie quotidienne des baptisés.

La solidarité tribale, une richesse
La tribu est une réalité culturelle qui ne se trouve pas seulement en Afrique, ni au Cameroun exclusivement. La bible par exemple nous parle des douze tribus d'Israël. La tribu fait partie de la diversité de l'humanité. Je ne voudrais pas m'hasarder à donner une définition de la tribu. Je pense que tous ceux qui sont intervenus avant moi ont eu à le faire. Je me contenterai de donner une brève description de ce que nous observons dans une tribu. La tribu renvoie à un groupe humain, un peuple qui vit sur un aire géographique, ayant des valeurs culturelles communes (structures sociales, organisation économique, structure linguistique). La famille tout comme la tribu doivent être accueillies et appréciées comme des dons de Dieu. Personne ne choisit sa famille, ni sa tribu. Chacun de nous essaie de s'attacher à sa famille et à sa tribu. L'auteur sacré en Mathieu1, 1-17 se plaît à donner les origines de Jésus-Christ qui remontent jusqu'à Abraham.
Plusieurs valeurs sont vécues dans la tribu.

Les relations entre les personnes d'une même tribu sont très importantes.
La tribu est le lieu de solidarité, de transmission et de protection de la vie. C'est un lieu d'apprentissage et d'intériorisation des valeurs culturelles, autant qu'elle est un lieu de communion et d'entraide, et de partage fraternel.

Une même culture régit la vie des membres.

La tribu accueille les étrangers, s'agrandit par des mariages et par d'autres alliances.
La tribu est la Pentecôte, l'anti-Babel. C'est l'union, dans la différence. C'est aussi l'union des différences. La tribu est contre tout rêve totalitaire d'un Etat qui abolirait toutes les différences. A l'image de la Trinité, elle est communion dans l'amour des trois personnes distinctes. L'Eglise est au cœur de l'humanité un ferment de communion dans la différence.

Cette union dans la tribu ne saurait être uniformité. La diversité linguistique et culturelle peut être une richesse quand chacune apporte sa teinte ou sa note propre, complémentaire des autres, dans un tout harmonieux, respectueux des différences.
N.B. : L'Eglise est un lieu où est prise effectivement en compte la diversité linguistique en la faisant communiquer (chants à l'Eglise des uns et des autres groupes).

Le dérapage de la différence tribale au tribalisme
Il ne s'agit pas de canoniser la tribu ou l'ethnie. Au sein de cette entité, on rencontre aussi des situations de péché qui la défigurent et l'abîment. La tribu présente aussi des faiblesses et des limites. Il n'est pas rare d'y rencontrer des litiges, des rivalités, un sens aigu d'amour propre. On lutte parfois pour sa propre famille, pour la promotion de son clan. Il faudrait noter le lien entre tribalisme et compétition. On ne vise plus le bien commun, mais celui d'un groupe.

On peut utiliser la différence pour un en faire un instrument de conquête de pouvoir, ou de se maintenir au pouvoir. Ceci est très net au Congo Brazza, au Bénin, au Rwanda. On peut établir un état moderne sur un modèle "patrimonial (problème de l'exploitation pétrolière au Tchad".

Sur le poids de la souffrance du peuple, des personnalités irresponsables se plaisent aujourd'hui à développer la thèse du tribalisme pour entretenir des tensions afin d'en tirer profit. En cherchant partout des boucs émissaires, cette situation a créa un climat de rejet et d'exclusion de l'autre. En cela, aucune tribu n'y échappe. Les manifestations du tribalisme sont légions dans notre société aujourd'hui. Chacun peut les relever.
Au sein de nos Eglises catholiques et protestantes, relevons pour le déplorer certaines attitudes qui tendent à encourager le tribalisme : la création des paroisses ethniques dans les grandes villes, l'institution au sein des paroisses des chorales ou d'autres groupes à connotation tribale. Le refus d'accueillir un Pasteur que le Seigneur envoie devient de plus en plus courant au sein de nos Eglises.

La mission de l'Eglise contre le tribalisme
Au seuil de ce troisième millénaire, le tribalisme particulièrement dans notre pays nous met en jugement. Nous sommes tous appelés à la conversion. Il s'agit pour des responsables des valeurs spirituelles et responsables des affaires publiques. Tout le monde doit se convertir. Il est facile de rejeter sur les autres la responsabilité du tribalisme et des autres fléaux si on ne perçoit pas en même temps comment on y participe soit même et comment la conversion personnelle est d'abord nécessaire. Un examen de conscience honnête permet à chacun de mesurer sa part de responsabilité dans cette situation que nous vivons. Avant d'entreprendre n'importe quel mécanisme pour lutter contre le tribalisme il faut partir de notre cœur. La conversion est fondamentale. Le drame des divisions, des oppositions ethniques interpellent fortement l'Eglise à devenir famille. L'Eglise Famille peut guérir les graves blessures dont souffrent nos Eglises en éduquant au dépassement au tribalisme. Cette éducation devrait commencer dans les familles chrétiennes, dans les Eglises. L'on devrait être vigilants sur les attitudes, les jugements. Les façons de cataloguer, d'étiqueter sont la première étape de l'exclusion et de la persécution (nazisme et antisémitisme). L'Eglise famille doit être le signe et l'instrument du rassemblement en une famille réconciliée.

L'origine de l'Eglise est le Dieu Trinité. Il est la référence permanente et l'achèvement de la communion ecclésiale. Dire trinité, c'est dire Famille divine, vie partagée de plusieurs personnes qui se donnent l'une à l'autre et se reçoivent mutuellement.
L'Eglise Famille souligne la préoccupation pour l'autre, la solidarité, la chaleur des rapports, l'accueil, le dialogue, la confiance. Le Christ est venu restaurer un monde unifié, une famille humaine à l'image de la famille de Dieu. Un même sang circule dans nos veines et c'est le sang de Jésus Christ. Un même esprit nous anime et c'est l'Esprit Saint.

Pour réaliser cette Eglise Famille, nous devons dépasser beaucoup de manières d'être Eglise :
L'appartenance à l'Eglise est trop souvent formaliste, ramenée à quelques rites et à une inscription.

L'Eglise est souvent défaillante en dialogue, en capacité de recherche commune, en volonté de réaliser un même projet.

L'Eglise Famille aura un type d'autorité qui sera davantage présence attentive, souci de personnes, dialogue en style à la fois paternel et maternel.
Les femmes dans l'Eglise Famille peuvent jouer un grand rôle de gardiennes de l'esprit familiale. L'Eglise Famille ne pourra donc plus être pensée et dirigée sans la contribution des femmes.

Nous devons bâtir une Eglise qui vit la communion fraternelle, donnant priorité à la qualité des relations interpersonnelles d'amitié et de confiance réciproque, dans la coresponsabilité, la participation de tous et de toutes à la réflexion, aux décisions et aux actions.

Le message des Evêques à l'issue du Synode spécial en 1994 souligne que l' "Eglise Famille de Dieu suppose la création de petites communautés ecclésiales vivantes et de bases. Ces communautés sont véritablement la pierre angulaire de l'édifice ecclésial d'aujourd'hui et de demain. Elles sont les lieux propices d'initiatives, de partage, de solidarité, de responsabilité… C'est dans ces communautés chrétiennes vivantes que sont analysés, cernés et combattus les conflits de toutes sortes : le tribalisme, le racisme, l'ethnocentrisme, les égoïsmes et les cloisonnements de sociétés, en y apprenant qu'aimer et servir Dieu est inséparable de l'amour et le service du prochain".
Une communauté ecclésiale de base rassemble les fidèles d'un même quartier sans distinction d'âge, de sexe, de tribu. C'est une communauté à taille humaine comprenant 20 à 30 personnes qui se réunissent une fois par semaine pour lire et partager ensemble la parole de Dieu. A la lumière de la parole de Dieu, ils réfléchissent sur les situations de leurs vies quotidiennes, entreprennent des actions communes allant dans le sens de la promotion humaine pour un développement communautaire.

La formation
Les Eglises doivent profiter des institutions scolaires pour former et éduquer la jeunesse sur les valeurs évangéliques de la justice, de la paix, de l'unité, de l'amour. Outre les institutions scolaires cette formation doit s'étendre dans tous les groupes et mouvement d'apostolat.

La prière
A la fin de sa vie terrestre le Christ lui même sentant les divisions qui sont les nôtres a prié longuement son Père pour que ses disciples soient un. L'Eglise tout en œuvrant pour l'unité, l'entente, la réconciliation entre les hommes doit beaucoup prier. C'est l'Esprit Saint qui purifie nos cœurs et réalise l'unité de son peuple. L'Esprit Saint est le principal agent de l'Evangélisation. Donc nous devons prier pour que le Seigneur travaille lui même à nous guérir de nos maux.
Puisque nous recherchons les moyens pour lutter contre le tribalisme, en parler au cours de ces semaines pascales, c'est déjà livrer un combat bien acharné contre ce fléau. Puisse le Seigneur mener à bout ces semaines pascales 2000 pour qu'elle porte de bon fruits.

Mgr Atanga comme Evêque