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Campagne Semaines Pascales 2000

Vaincre le tribalisme pour créer une Église Famille et un Cameroun réconcilié et uni

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Les contributions

Le Cahier d'animation

Le rapport d'activité

ÉGLISES ET TRIBALISME

Par le Pasteur Jean-Blaise KENMOGNE et Sœur Marie-Philomène NGUEUGAM

A l'issue des Etats Généraux qu'elle a organisés en janvier 2000 à Yaoundé, l'Eglise Presbytérienne Camerounaise (EPC) a fait le constat suivant (en fait un secret de Polichinelle) : le tribalisme est un des fléaux qui minent l'EPC. Ce n'est en effet un secret pour personne que le tribalisme est une véritable gangrène qui handicape sérieusement la vie et la mission de l'Eglise au Cameroun et en Afrique.

L'Eglise Protestante du Sénégal a été fermée pendant plusieurs années à cause du conflit entre les "autochtones" sénégalais et les "allogènes" béninois, togolais et camerounais. Le rôle de l'Eglise a été mis à jour dans le drame rwandais de 1994. Il y a quelques années, l'Eglise Evangélique du Togo a évité de justesse un schisme, à cause du soutien que les responsables de l'époque ont apporté au Président de la République togolaise, parce qu'ils étaient de la même tribu.

Depuis son implantation au Cameroun, l'Eglise Catholique n'a nommé à la tête des Diocèses, à de rares exceptions près, que des Evêques qui en sont originaires. Cette pratique a eu ultérieurement pour corollaire de développer chez le clergé et les fidèles un sentiment de rejet des responsables ecclésiastiques issus des tribus autres que les leurs. En mars 1987 par exemple, des Prêtres de l'Archidiocèse de Douala ont adressé un document intitulé "Un éclairage nouveau" à Rome, pour dénoncer ce qu'ils ont appelé "une savante Bamilékisation" de la hiérarchie de l'Eglise au Cameroun (page 6). La réaction des Prêtres du Diocèse de Bafoussam ne s'est pas faite attendre. Ils ont publié leur "Point de vue", toujours en mars 1987. Un document qui, selon eux, "est … une invitation au dialogue adressée à nos confrères de Douala, signataires du Mémorandum, car notre commun sacerdoce ministériel nous condamne à l'unité si nous voulons que le monde croie que c'est le Christ qui nous envoie". Les Prêtres du Diocèse de Bafoussam ont réagi, disent-ils, à cause, entre autres, du fait que "par-delà les destinataires du Mémorandum, le public, chrétien catholique ou non, s'interroge quant à son contenu sur la crédibilité de l'Eglise comme sacrement de l'unité et sur son apport réel dans l'effort d'intégration nationale qui interpelle tous les Camerounais" (Point de vue, page 3).
On peut se demander aujourd'hui ce qui a été fait depuis afin de permettre à l'Eglise Catholique qui est au Cameroun d'éviter ce genre de mésaventure. Toujours est-il qu'elle vient d'être secouée de nouveau par un terrible vent tribal, suite à la nomination en juillet 1999 de Monseigneur André Wouking comme Archevêque de Yaoundé ! Les médias nationaux et internationaux ont largement fait écho du rejet de Monseigneur André Wouking, Bamiléké, nommé à l'Archidiocèse de Yaoundé. Le jour de son intronisation, des Bétis ont érigé des barricades sur la route nationale Bafoussam-Yaoundé, avec pour intention d'empêcher les Bamilékés d'entrer dans la capitale. On a pu lire, écrit sur la route à l'endroit des manifestations : "pas d'Archevêque Bamiléké à Yaoundé".
Les Communautés religieuses catholiques, aussi bien masculines que féminines, lieux par excellence du vécu de la fraternité évangélique, ne sont pas à l'abri du virus du tribalisme. Des regroupements se constituent au sein des Congrégations religieuses sur la base d'intérêts tribaux, véritables contretémoignages par rapport à la mission d'édification de l'Eglise Famille, Corps du Christ.

L'ensemble des Eglises membres de la Fédération des Eglises et Missions Evangélique du Cameroun (FEMEC), connaissent, elles aussi, les affres du tribalisme. Il y a deux années à Douala, une paroisse de l'Eglise Evangélique du Cameroun a refusé de recevoir un Pasteur régulièrement affecté, tout simplement parce qu'il n'était pas originaire de la même tribu. Les paroisses protestantes se construisent dans les grandes villes comme Douala, Yaoundé et Bafoussam, non seulement par nécessité, mais aussi et surtout par rivalité tribale. C'est pourquoi on rencontre des paroisses dont le nom de baptême indique clairement à quelle tribu, voire à quel village appartiennent ses membres. Même les noms des Synodes, des Conventions ecclésiastiques, etc. prennent les noms des tribus concernées. Il n'est donc pas étonnant que les Pasteurs nommés dans les paroisses ou à la tête de ces unités ecclésiastiques ne soient, généralement, que des originaires de ces tribus, et que les fidèles n'hésitent pas à rejeter les Pasteurs à eux affectés s'ils ne sont pas des leurs. Il n'est donc pas rare de trouver des unités ecclésiastiques protestantes qui n'ont pour Pasteurs que des fils du terroir.

Les traductions de la Bible en langues nationales ont exacerbé le tribalisme dans l'Eglise. Dans une région comme la Région Bamiléké au Cameroun par exemple, le choix porté sur la langue Medumba pour traduire la Bible a provoqué la jalousie du peuple Bandjoun et de graves conflits entre les ressortissants Bangangté et Bandjoun. Aujourd'hui encore, il n'est pas sûr, malgré les apparences, que ce conflit soit résolu.
Des exemples peuvent être multipliés à l'infini. Et chacun peut relever des situations d'exclusion ou de conflits tribaux dans la communauté chrétienne à laquelle il appartient. Il ne s'agit malheureusement pas seulement de situations particulières, mais d'un mode de gestion généralisé.

Dans ces conditions, comment comprendre, vivre et annoncer cette parole du Seigneur "Afin qu'ils soient UN", et celle de Saint Paul : "En christ, il n'y a ni Juif ni Grec" ? Comment l'Eglise peut-elle être un ferment et un creuset d'une fraternité nouvelle qui, sans renier le fondement culturel de chacun, promeut une nouvelle Famille au-delà des liens du sang ? Comment l'Eglise peut-elle, en vivant elle-même l'unité du Corps du Christ, interpeller les citoyens et les gouvernants sur l'urgente nécessité de l'intégration nationale?

Certes, les discours officiels des Eglises condamnent le tribalisme. Plusieurs lettres pastorales des Evêques du Cameroun, ainsi que des résolutions des Synodes et Conférences des Eglises Protestantes, prennent clairement et officiellement position contre le tribalisme. Mais comment passer du discours à l'acte ? Quelle stratégie mettre en place pour introduire, dans la formation à tous les niveaux du peuple de Dieu qui est en Afrique, des mécanismes de lutte contre le tribalisme?