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Campagne Semaines Pascales 2000

Vaincre le tribalisme pour créer une Église Famille et un Cameroun réconcilié et uni

Contributions

Les contributions

Le Cahier d'animation

Le rapport d'activité

 

Allocution du Pasteur Jean-Blaise Kenmogne, Directeur Général du CIPCRE, à l'occasion de la célébration oecuménique de clôture à la Cathédrale Notre Dame de Yaoundé le 10 juin 2000

De Bafoussam à Yaoundé, en passant par Douala et Bamenda, nous clôturons aujourd'hui la Campagne Semaines Pascales 2000 sur le thème "Vaincre le tribalisme pour créer une Eglise Famille et un Cameroun réconcilié et uni", donc la célébration œcuménique de lancement a eu lieu à Bafoussam, dans la Paroisse du Plateau de l'Eglise Evangélique du Cameroun, le 24 avril 2000.

A travers les Conférences-débats sur les items "Islam et tribalisme", "Jeunesse et tribalisme", "Politique et tribalisme" et "Eglise et tribalisme", nous avons analysé, durant sept semaines, le tribalisme sous différents angles. Ces analyse nous ont amenés à prendre une vive conscience que le tribalisme est un monstre qui est devenu malheureusement le maître de nos pensées, de nos gestes, de nos actions, de nos modes de gestion de la chose publique, de la conduite de nos élections, de notre rapport à l'autre, de nos décrets de nomination et de nos conflits de positionnement sur l'échiquier social, politique et économique.

Mais il n'y a pas que l'administration, le monde politique ou des affaires pour afficher une telle dérive. Nos églises n'échappent pas à la gangrène. Combien de chrétiens, dans les grandes villes de notre pays, traversent une, deux, voire trois paroisses pour aller faire le culte ou la messe dans la paroisse de leur ethnie ou de leur village ? Combien de chorales et de groupes dans nos paroisses sont crées sur des bases ethniques voire même villageoises ? Combien de Pasteurs et de Prêtres sont affectés dans des paroisses indépendamment des considérations tribales ? Combien de secousses majeures dans nos Eglises échappent-elles au fait tribal ? Quoi qu'on dise et quelque généreuses que soient nos intentions et nos proclamations, la gestion quotidienne de nos paroisses et de nos Eglises montre clairement que nous faisons sortir le fait tribal par la fenêtre pour mieux l'admettre par la porte.

C'est bouleversé par ces errements et ces dysfonctionnements de notre société que je me pose les questions suivantes : comment pouvons-nous créer et alimenter des divisions tribales et intestine, et en même temps annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, Bonne Nouvelle qui fonde une nouvelle qualité des relations humaines et partant une nouvelle fraternité universelle ? D'où nous vient ce syndrome qui nous fait annoncer une chose pour en vivre une autre ? L'Evangile a-t-il véritablement touché nos coeurs et transformé nos vies ? Comment l'Evangile de Jésus-Christ peut-il, tout en nous ouvrant le chemin qui mène au Père Céleste, être ici, maintenant et aujourd'hui, le ferment qui améliore la qualité de nos relations avec nos semblables ?

Telles sont les questions que nous devons nous poser face à la montée du tribalisme dans notre pays. Qu'il prenne la forme d'un comportement à rebours, c'est-à-dire d'une réaction anti-tribaliste, d'une stratégie mesquine de contrôle politique et de manipulation du sacré ou de replis identitaires et de fragmentations face à l'exigence d'intégration nationale, le phénomène du tribalisme doit être combattu avec la dernière énergie, si nous voulons véritablement que le justice, la paix, la solidarité et la fraternité soient le fondement de la vie de l'Eglise et la base de la réconciliation et de l'intégration nationale. Et quelle meilleure arme que l'Evangile de Jésus-Christ peut extirper le tribalisme de nos coeurs, de nos Communautés Ecclésiales Vivantes, de nos chorales, de nos mouvements de femmes et de jeunes, de nos paroisses ? N'oublions pas que ce sont les Anciens d'Eglises, les Conseillers Paroissiaux, les responsables des mouvements à tous les niveaux dans nos Eglises qui sont qui ministres, qui hauts cadres de l'administration et des entreprises publiques, qui membres influents des partis politiques, qui responsables scolaires et universitaires. Enracinés dans l'Evangile en tant que puissance de libération, et forts de leur pouvoir de démultiplication de la Bonne Nouvelle, ils sont, mieux que quiconque, investis de la mission d'animer le vaste chantier de la construction d'un Cameroun réconcilié et uni : en semant la graine de l'unité face à l'avancée de la désintégration, en construisant des digues pour empêcher que le tribalisme ne déferle sur notre pays bien aimé.


Outre le tribalisme, d'autres monstres comme la corruption et les dettes minent nos Eglises et notre cher pays. C'est profondément animés par l'ambition de contribuer aux efforts d'éradication de ces fléaux que le Cercle International Pour la Promotion de la Création, en abrégé CIPCRE, ONG internationale de l'écologie et du développement durable de droit camerounais et d'obédience chrétienne, a initié les Campagnes Semaines Pascales. La première éditions, organisé 1998 en collaboration avec la Commission Diocésaine Justice et Paix de Bafoussam, a porté sur la corruption. L'année dernière, nous nous sommes mobilisés autour du thème "le Jubilé de l'an 2000 et la remise des dettes". Les résultats de ces deux premières éditions, qui se sont déroulées essentiellement dans la Province de l'Ouest du Pays, nous ont poussé à rendre cette initiative nationale à partir de cette année.

Les Campagnes Semaines Pascales ont pour objectif de mobiliser, durant le temps pascale, c'est-à-dire de Pâques à Pentecôte, les chrétiens protestants, catholiques et orthodoxes, en vue d'analyser, à la lumière de la résurrection du Seigneur Jésus-Christ, les fléaux qui gangrènent le tissu social, afin d'engager des actions pour les enrayer et pour transformer positivement notre société. Il s'agit donc pour nous de vivre et de dire que le Christ ne ressuscite pas seulement notre esprit, mais aussi notre corps, notre lieu de travail, notre famille, notre village, notre ethnie, notre pays, bref notre existence ici et maintenant.

Il va sans dire qu'une telle approche relativise tous les cloisonnements idéologiques, dogmatiques et doctrinaux que les chrétiens ont érigés entre eux comme des murailles au cours du temps. Les défis auxquels l'Afrique en général et le Cameroun en particulier font face, ne nécessitent pas pour être relevés des solutions sectorielles, mais une mobilisation de tous ceux qui ont à cœur de résoudre les problèmes de la cité, indépendamment des querelles doctrinales, indépendamment de querelles de chapelle. Face à la corruption, à la dette et au tribalisme, nous devons agir solidairement. Jésus-Christ est venu non pas pour diviser et séparer, mais pour unir les hommes et les femmes de bonne volonté en vue du combat pour l'avènement de Son Royaume de justice, de paix, de solidarité et de fraternité.


C'est pourquoi il est urgent de mettre en place, à la base, de véritables espaces, pour que les femmes et les hommes de bonne volonté, notamment les enfants d'Abraham qui sont, au Cameroun, les chrétiens et les musulmans, se donnent les mains sans les croiser, dans la bataille contre le tribalisme et d'autres fléaux, afin que nos Eglises et de nos Mosquée, deviennent de véritables communautés de vie, images prophétiques d'un Cameroun réconcilié et uni. Et nous, chrétiens et musulmans, nous en avons les moyens, nous qui constituons, comme il a été relevé lors des conférences-débats, près de 90 % de la population camerounais.

Dieu désire nous unir dans une dynamique du vivre-ensemble qui congédie tout sectarisme et toute velléité de destruction de l'humain en l'homme. C'est pourquoi dès les jours qui suivent, nous ferons le bilan des activités que nous avons menées depuis le 23 d'avril 2000, jour de la Résurrection du Seigneur, en vue de mettre en place des mécanismes de suivi des propositions qui ont été faites ici et là. Nous irons ensuite à la Rencontre du Président de la Conférence Episcopale Nationale, du Président de la FEMEC, de l'Archevêque Grec au Cameroun, du Président de l'Association Culturel Islamique du Cameroun et de tous les partenaires qui nous ont soutenu dans l'organisation de cette Campagne, pour solliciter leur appui et leur soutien dans le cadre de la suite concrète à donner aux résultats de cette Campagne, ainsi que pour l'organisation des prochaines Campagnes Semaines Pascales.

Pour terminer, je voudrais remercier très sincèrement, au nom des Commission Diocésaine Justice et Paix de Yaoundé et du CIPCRE, Monseigneur André Wouking pour l'occasion inouïe qu'il nous offre en nous accueillant dans cette belle Cathédrale pour la célébration œcuménique de clôture de la Campagne Semaines Pascale 2000. Nos remerciements vont également aux conférenciers, à toutes celles et tous ceux dont le soutien spirituel, moral et financier nous permis de relever le défi d'organiser, au niveau national, cette Campagne Semaines Pascales sue le thème "Vaincre le tribalisme pour créer une Eglise Famille et un Cameroun réconcilié et uni".

Que Dieu Bénisse le Cameroun, Que Dieu nous bénisse tous !