Accueil  -  Présentation  -  Forum  -  Documents  -  Contact  -  Liens  -  English

Campagne Semaines Pascales 1999

Message Pascal

Message Pascal

Rapport


Dimanche de Pâques, 4 avril 1999
Thème : Résurrection du Christ et remise des dettes
Texte : Mt 28, 1 à 15

 

Cher(e)s frères et Sœurs en Jésus-Christ,

La première Semaine Pascale, célébrée du 12 au 19 avril 1998, a porté sur le thème "Résurrection du Christ et promotion de la vie". Au cours de cette Semaine, nous nous sommes mobilisés particulièrement contre la corruption, cette gangrène dont était déjà victime la société au temps de Jésus (Mt 28, 11 à 15). Cette année, c'est le thème "Résurrection du Christ et la remise des dettes" qui nous interpelle. La corruption et les dettes constituent en effet les plus grands fossoyeurs de l'économie des pays africains.

Le texte du jour nous rappelle l'événement qui fonde notre foi, à savoir la résurrection du Seigneur Jésus-Christ. Avant de sceller la nouvelle alliance entre Dieu et nous, la résurrection du Christ est d'abord le signe du grand pardon que Dieu accorde à chacune et à chacun de nous. Le premier message de Jean-Baptiste, selon l'Evangéliste Luc, était l'annonce du "baptême de repentance pour le pardon des péchés". Ainsi donc, Dieu en Christ nous pardonne d'abord, c'est-à-dire qu'Il nous remet d'abord nos péchés, avant d'établir la nouvelle alliance entre Lui et nous.

Le pardon des péchés peut aussi être compris comme la remise des dettes. En nous pardonnant, Dieu nous remet toutes les dettes que nous avons envers Lui. Cette remise des dettes crée une nouvelle base de confiance fondée sur la paix. Cette paix est à la fois le fruit du pardon et la base de la nouvelle alliance entre Dieu et nous. En nous pardonnant, Dieu crée en nous des dispositions, mieux, Il nous rend capables de nous pardonner les un(e)s les autres, c'est-à-dire de nous remettre les dettes les un(e)s envers les autres, et de fonder ainsi une nouvelle base pour des relations plus humaines.

Lorsque nous parlons de la remise des dettes, il ne nous vient souvent à l'esprit que la remise des dettes économiques des pays riches aux pays pauvres. Mais en plaçant la problématique de la remise des dettes dans le contexte de l'Evangile, et singulièrement de la dynamique de la résurrection du Christ que nous célébrons aujourd'hui, la remise des dettes couvre aussi les préoccupations spirituelles, morales, culturelles, politiques et écologiques. Elle concerne par conséquent non seulement les relations entre les pays riches et les pays pauvres, mais également les rapports entre l'Etat et le peuple, entre les parents et les enfants, entre les hommes et les femmes, entre les êtres humains et leur environnement. Ainsi, quand nous parlons de la remise des dettes, nous revendiquons aussi la remise de sa liberté et de sa dignité par l'Etat au peuple, la remise des fonds détournés d'une manière ou d'une autre par une minorité riche à la grande majorité écrasée par la misère, la reconnaissance des enfants à l'endroit des parents, la reconnaissance et la remise de leurs droits et de leur dignité aux femmes par les hommes, la reconnaissance et la demande de pardon pour le mal que nous commettons en actes et en paroles chaque jour, les un(e)s envers les autres, la remise à l'environnement de ce que nous détruisons impunément chaque jour.

C'est là le sens du jubilé. C'est ce que nous voulons annoncer à travers les activités de la Semaine Pascale 99, centrées sur le thème "le Jubilé de l'an 2000 et la remise de dettes". Il s'agit aussi d'une interpellation pour la révision de notre témoignage chrétien, à travers la méditation du jubilé, c'est-à-dire de l'année de grâce, que Christ est venu annoncer il y a 2000 ans. "L'Esprit de Dieu est sur moi, dit-Il dans Luc 4, 18 à 19, pour proclamer une année de pardon et de grâce du Seigneur". Sa résurrection est l'accomplissement de cette année jubilaire. Accomplir un événement, une promesse, c'est le rendre parfait, afin qu'il ne soit plus seulement un acte ponctuel, mais qu'il dure désormais toujours. Dans la dynamique de la résurrection du Christ, le jubilé cesse, pour ainsi dire, d'être un événement qui doit se produire ponctuellement une fois tous les 50 ans ou une fois par an, pour devenir le modèle de vie et de lutte quotidienne de toute femme et de tout homme de bonne volonté, pour la justice et la paix.

Dans un contexte où l'injustice et l'égoïsme règnent comme des repères et des références de tout rapport humain et avec la nature, il est illusoire, voire irresponsable, de parler des relations sans dettes d'une part entre les êtres humains eux-mêmes, et d'autre part entre les êtres humains et l'environnement. Frères et sœurs, imaginez une communauté de vie sans dettes, c'est-à-dire une vie dans laquelle nul ne doit plus à l'autre, sinon l'amour et l'affection mutuels qui doivent seuls réguler toute relation humaine. C'est ce que la résurrection du Christ produit dans nos cœurs, si nous croyons qu'Il est vraiment ressuscité.

Que Christ ressuscite dans nos cœurs, afin de nous rendre capables de nous remettre mutuellement nos dettes, en commençant dans la première cellule de vie qu'est la famille, ensuite dans nos paroisses et nos villages, bref tous les lieux où chacune et chacun de nous rencontre l'autre.
.

Père Bernard GROUX
Président de la CDJPB
Pasteur Jean-Blaise KENMOGNE
Directeur Général du CIPCRE