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Economie sociale et familiale
Des enseignants relisent leurs leçons

Interdisciplinarité et professionnalisation en Esf. C'est le thème d'un séminaire - atelier de 10 jours qui s'est tenu du 2 au 12 avril dernier à Yaoundé. But visé par les organisateurs, réactualiser les connaissances des enseignants.

Les enseignants de l'économie sociale et familiale veulent sortir leur filière de formation de l'époque des "bonnes épouses ou des bonnes sauces." Or, en décidant de passer de l'Enseignement ménager à l'Economie sociale et familiale (Esf), les autorités en charge de l'éducation n'ont pas adapté les programmes de formation aux exigences de la nouvelle filière.

 

Depuis 1986, année du passage de l'enseignement ménager à l'Esf, les programmes sont restés inchangés. Les diplômés de l'Economie sociale et familiale ne trouvent pas facilement d'emploi dans notre pays. De nombreux employeurs les considérant comme des gens qui ont suivi une formation au rabais. Et ce n'est pas totalement faux. Mme Kungne, inspectrice provinciale de pédagogie chargée de l'Esf dans l'Extrême nord, participante à l'atelier se rappelle de l'époque où elle a embrassé la filière. "A notre temps, on nous formait pour être de bonnes épouses. A une période de l'année, les responsables se renseignaient pour savoir si à l'examen du CAP, l'anglais sera facultatif. Quand c'était facultatif, on laissait partir le professeur d'anglais. En 1986, on est passé de la filière qui formait de bonnes épouses à l'Esf sans changer le contenu des programmes. Et les enseignants de la filière manquent de suivi professionnel. "

Dans des manuels, toute la formation est encore concentrée sur la femme alors que la filière accueille depuis quelques années des garçons dans le cadre de sa professionnalisation. L'atelier de formation des formateurs en Esf sur "l'interdisciplinarité et professionnalisation en Esf " vient répondre à une attente. Cette attente a été formulée à la suite d'une enquête effectuée auprès des enseignants Esf dans plusieurs établissements scolaires en 2005 et 2006. L'enquête a consisté à évaluer les atouts et faiblesses de la formation Esf. Il s'est dégagé à la suite de cette enquête de nombreux enseignants qui ont émis le souhait de réactualiser leurs connaissances. Ces besoins formulés ont conduit à la mise sur pied d'un séminaire de formation. Organisé par le Ceti Bénigna d'Etoudi, dans le cadre du partenariat avec le Collège Bénigna - Lycée Technique Jeanne d'Arc de Rennes en France, avec l'appui de Acesf-Ca, ce séminaire a vu la participation des enseignants d'économie domestique, physique-chimie, biologie, vie sociale, puériculture, cuisine, nutrition.

La formation qui a duré 9 jours était articulée sur 4 modules : la réactualisation et complément des connaissances, le genre, l'avenir de l'Economie sociale et familiale et surtout le module sur l'interdisciplinarité et la professionnalisation.

La satisfaction des bénéficiaires de la formation se lit dans leurs impressions. M. Ngagni René, du Collège Nina Mbalmayo, croit en cette filière et apprécie à sa juste mesure la formation qu'il a suivi. "La filière Esf est une filière qui a encore sa place au Cameroun au vu de tout ce qu'on peut faire avec leur filière. C'est une filière qui est divisée en 2 grandes parties. Il y a le côté, promotion de l'être humain en général et le côté professionnalisation, donc avec les problèmes de l'emploi que nous avons de nos jours. On a tendance à vouloir laisser le côté formation humaine pour la spécialisation. Il y a aussi un problème d'interdépendance entre les matières. C'est pourquoi je pense que ce séminaire est le bienvenu au vu même du thème à savoir : l'interdisciplinarité et professionnalisation". Une vision des choses que conforte Marie Louise Nwafo Wandji, présidente de l'Acesf-Ca : "le challenge c'est de pouvoir déboucher sur le marché de l'emploi mais sans négliger le volet de la promotion humaine. Et au niveau du ministère, on a déjà éclaté l'Esf en plusieurs branches. Il y a par exemple l'hôtellerie et la cuisine. Mais on a peur qu'en omettant le côté humain, qu'on puisse aboutir à autre chose que des machines de fabrication.", souligne-t-elle pour attirre l'attention sur la tendance à la marginalisation de cette filière de formation. Leduby Marie-Claude, Lycée technique Jeanne-d'Arc de Renne, pour sa part, relativise la conception que les Camerounais se font de cette filière de formation : "l'Esf n'est pas une filière au rabais puisqu'il y a beaucoup de débouchés professionnels. Le contenu de la formation est constitué entre autres de la biologie, la nutrition, là cuisine ".

Pour ce qui est de la rémunération, elle souligne que les objectifs du choix de cette filière ne sont pas liés au salaire qu'on aura à la fin du mois. "On l'a choisi parce que la filière nous intéresse, dit-elle. J'ai des amis en Esf qui n'ont pas un bon salaire qui font ce métier parce qu'ils l'aiment. La formation en Esf au Cameroun a toute sa place. Le problème qui se pose est celui de sa valorisation. "

Deux questions fondamentales se posent : qu'est-ce qu'on est capable de faire avec une formation en Esf ? Comment et pourquoi peut-on valoriser cette filière ?

Une nécessaire redéfinition des programmes et des manuels en usage dans cette filière s'impose. Elle pourra, à terme venir en complément à ces initiatives privées.

Christophe Mvondo
L'Étoile Éducative, avril 2007

Séminariste et Coordonnatrice de la filière Esf à l'Institut Siantou, elle parle des avantages qu'offre la filière économie sociale et familiale et la marginalisation dont les diplômés de la filière sont confrontés.

Quel est le contenu de la formation que vous donnez ?
Il y a d'abord la formation fondamentale, c'est-à-dire le français, l'anglais, la physique, les mathématiques, la biologie, etc. En plus, il y a les matières pratiques telles que la décoration, l'habillement qui vont ensemble. C'est pourquoi nous sommes là aujourd'hui pour parler de l'interdisciplinarité parce qu'il n'y a pas de matières données elles seules. Par exemple, la physique est donnée pour comprendre une matière en aménagement, l'économie domestique, où on va utiliser l'électricité. L'électricité va être utile à l'apprenant par exemple pour comprendre les problèmes d'éclairage, la gestion rationnelle de l'énergie électrique. Toutes ces matières en fait, vont ensemble pour pouvoir aider l'apprenant à pouvoir s'en sortir.

On qualifie la formation professionnelle donnée en Esf de généraliste. Cela ne constitue-t-il pas un handicap pour vos étudiants qui sortent avec des diplômes en Esf parce que vous n'avez aucune spécialité?
On n'est pas des spécialistes de la cuisine, ni de couture, encore moins de la décoration. Mais on se sert par exemple de la cuisine pour résoudre un problème. Nous avons aujourd'hui des populations qui de plus en plus vieillissent et qui sont dans la précarité. Des maisons de retraite se créent et même des crèches. On intervient à plusieurs niveaux, par exemple dans l'alimentation des petits enfants, des adolescents, des vieillards. Ainsi, la formation que l'étudiant en Economie sociale et familiale apprend n'est pas seulement la cuisine. La cuisine que nous enseignons n'est pas comme celle que dispensent les centres de formation en hôtellerie ; elle a une valeur ajoutée parce que l'élève sorti de Esf a appris la nutrition, la chimie, l'hygiène, la biologie. Il mettra ses connaissances en pratique pour adapter par exemple l'alimentation à la catégorie de personnes dans un pensionnat. On ne forme pas des apprenants à faire la cuisine. On enseigne des opérations pratiques. Par exemple, comment faire une salade de tomates ? L'apprenant en Esf saura le faire. Mais pour qui ? Pour changer quoi ?

Il reste que les produits issus des écoles, diplômés en Esf ne sont pas prisés sur le marché de l'emploi. Que doit-on faire pour inverser la tendance ?
Ce qu'il y a à faire c'est de comprendre l'Esf. Parce que cette filière a sa place dans tous les ministères, dans tous les programmes qui existent. Mais parce que les gens ne comprennent ou ne font pas l'effort de comprendre ce que nous enseignons en l'Esf, ils ne nous font pas confiance. Nous sommes complets et nous pouvons exercer nos compétences dans toutes sortes de structures. Les pouvoirs publics doivent nous faire confiance.

Propos recueillis par Christophe Mvondo
L'Étoile Éducative , avril 2007

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