C’est ainsi que les différents couples sont arrivés sur les lieux de cérémonie en cortège, motards à l’avant. Malgré l’absence de moyens financiers, chacun a tenu à se parer de ses plus beaux atours. Certains couples ayant même opté pour des uniformes. La seule mariée vêtue d’une grande robe blanche a d’ailleurs attiré toutes les attentions. Le soleil, présent au rendez-vous, n’a pas réussi à décourager les conjoints à répondre à l’appel et s’aligner, en attendant de passer sous l’arche spécialement aménagée pour la circonstance, au rythme de la marche nuptiale distillée par de grands baffles. Non habitués aux grandes cérémonies, certains futurs mariés ont amusé l’assistance, très nombreuse, par leur timidité. Quelques-uns, certainement éblouis par la foule et la décoration, ne savaient plus s’ils devaient placer la femme à gauche ou à droite, quand ils ne l’abandonnait pas simplement à la descente de voiture pour rejoindre les autres couples alignés.
Outre quelques agents du ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille se mariant aussi, la grande vedette aura sans aucun doute été Ali Abba Adji, venu légaliser sa relation avec ses trois conjointes. Dès leur arrivée, tout le monde s’est demandé comment le polygame allait s’y prendre pour l’acte final. Les curieux ont donc été servis lorsque, après avoir reçu chacune à son tour l’alliance du mari, les trois nouvelles épouses se mettront ensemble pour sceller solennellement leur union à leur homme.
Pour Suzanne Mbomback, ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille et organisatrice de l’événement, l’objectif de ce mariage collectif, au-delà du faste de l’événement est l’éveil des consciences à la sécurité familiale et à la responsabilité citoyenne. " Il n’y a pas de société stable sans femme stable et pourquoi pas sans homme stable ", a-t-elle déclaré. Toutefois, Jean Simon Ongola, maire de Yaoundé II, à qui il aura fallu deux heures pour déclarer les couples " unis par les liens sacrés du mariage ", a tenu à rappeler que ces personnes, majoritairement musulmanes étaient mariées sous le régime coutumier. A noter cependant, un désistement de dernière minute d’un couple, qui ne s’entendait pas sur le régime, peu avant le début des cérémonies. Ou encore cette maman qui regrette de n’avoir pas perçu la dot de sa fille avant son mariage.
Malgré tout, pour marquer leur adhésion à cette idée, de nombreux membres du gouvernement ont fait le déplacement, alors que le Premier ministre a offert le repas de noces. Le gros lot étant les cadeaux (téléviseurs) offerts par le couple présidentiel à chaque ménage. Vive les mariés !
Jocelyne NDOUYOU-MOULIOM
Cameroon Tribune, 12/01/2007