Les prix des denrées alimentaires de première nécessité connaissent une hausse moyenne de 18% à Douala. Balade au marché de Bonamoussadi.
Ce début du mois de mai 2006, les ménagères doivent débourser un peu plus d’argent pour faire leur marché. Les prix des denrées alimentaires grimpent au jour le jour. Par exemple, le prix du kilogramme de viande de bœuf avec os qui coûtait 1600 Fcfa au mois d’avril coûte actuellement 1800 Fcfa, voire 1900 Fcfa par endroit. Il en est de même du poisson “ maquereau ” communément appelé “ Oya Oya ”, très sollicité par les Camerounais. |
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Jadis à la portée du citoyen moyen, il coûtait 950 Fcfa le kilogramme en avril. Aujourd’hui, il est cédé à… 1300 Fcfa. De même, la boîte d’arachide qui coûtait 125 Fcfa le mois dernier coûte aujourd’hui 200 Fcfa.
L’augmentation des prix touche presque toutes les denrées de première nécessité. Le régime de banane-plantin qui était vendu à 1500 Fcfa en avril, coûte actuellement 2500 Fcfa. Le litre d’huile de palme raffiné, quant à lui, est passé de 750 Fcfa en avril à 800 Fcfa. Pour le litre d’huile de soja il faut encore ajouter 50 Fcfa pour l’avoir. D’une manière générale, la hausse générale se situe autour de 18%. “Quand nous achetons le kilogramme de viande à 1.600 Fcfa au prix de gros, nous devons le nettoyer, enlever la graisse ; il faut alors y ajouter 200 ou 300 Fcfa de bénéfice pour s’en sortir ”, révèle un détaillant.
Les tables tarissent !
Cette augmentation progressive des denrées sur le marché conduit à l’amaigrissement des tables. “Il devient difficile de manger à sa faim ”, affirme Aurelie, mariée et mère de 3 enfants. Et de poursuivre : “ Nous nous efforçons pour satisfaire nos enfants mais ils courent un risque de sous-alimentation ou de malnutrition. ” Charlotte, célibataire et mère de deux enfants qui doit par ailleurs nourrir une famille élargie, confirme : “ l’assiette de la ménagère n’est plus consistante, ni harmonieuse ; nous achetons des aliments qui ne contiennent pas toutes les valeurs nutritives à coût réduit. Chez nous le régime alimentaire est modifié. C’est dur ! ” Si la situation persiste, “ on pourrait arriver à un stade où des gens meurent de faim, ce qui était impensable au Cameroun il y a une dizaine d’années ”, prévoit Martin, un chef de famille de six enfants.
Les prix augmentent ainsi sans que les ménages ne bénéficient de moyens financiers conséquents pour s’alimenter comme avant. Il n’y a augmentation de salaire ni dans la fonction publique, ni dans le secteur privé hormis les assurances récemment, on assiste plutôt à des licenciements tous les jours, ce qui diminue le
revenu des masses qui doivent pourtant se nourrir. Qu’est-ce qui peut expliquer une telle hausse progressive des coûts ?
Tracasseries et exportations
Pour Jean, grossiste de viande de bœuf au marché de Bonamoussadi, “ cela ne dépend pas de nous. Le bœuf que j’achetais en avril à 350.000 Fcfa coûte désormais 400.000 Fcfa voir 425.000 Fcfa. Les éleveurs se plaignent des tracasseries de transport, le coût élevé des produits pétroliers, etc. ” Les commerçants répercutent donc seulement les hausses enregistrées en amont. “ Regardez vous-mêmes sur le comptoir, nous ne vendons plus grand-chose ”, bougonne Jean en montrant d’un geste dédaigneux son comptoir crasseux. Emmanuel, le voisin de Jean, explique la hausse des prix par le fait que les produits sont massivement exportés, ce qui crée une pénurie sur le marché local. “Allez vous-même voir au niveau de la Base navale comment nos produits sont écoulés dans les pays voisins. Avec son pétrole la Guinée équatoriale a augmenté sa demande. Sans oublier que nous ravitaillons le Gabon”, affirme-t-il.
Les commerçants de vivres souhaitent que les pouvoirs publics limitent l’écoulement massif des produits alimentaires vers les pays voisins. Mais Guy, un ingénieur agronome, estime plutôt qu’il faut financer l’agriculture afin que les Camerounais produisent mieux pour satisfaire la demande à moindre coût. Certains proposent qu’après l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative Ppte, le gouvernement consente à détaxer certaines denrées de première nécessité pour alléger le poids de l’alimentation sur le saignement du porte-monnaie. Seront-ils entendus ? On ne perd rien à attendre.
Par Agnès Ndjappi N. (Stagiaire)
Le Messager 19/05/06
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