Au cours des trois derniers jours, l’économie sociale a été l’un des sujets dominants de l’actualité économique, à la faveur d’un colloque national sur la question à Yaoundé. Thème du colloque : " Comprendre, organiser et promouvoir l’économie sociale au Cameroun ". Les sous-thèmes portaient sur la compréhension de l’économie sociale, le partage d’expériences et de pratiques étrangères d’économie sociale, puis, l’élaboration et la mise en place de politiques publiques camerounaises dans le domaine de l’économie sociale, à travers la mise en place des instruments de finances solidaires, et les stratégies pour une meilleure implication des acteurs de l’économie sociale dans la gestion de l’espace urbain et de l’espace rural. Plus de 150 associations et organisations de la société civile camerounaise se sont ainsi penchées sur les questions liées à la vulgarisation de l’économie sociale dans le pays.
A vrai dire, c’est à l’occasion de la création en décembre 2004 du ministère des Petites et moyennes entreprises, de l’Economie sociale et de l’Artisanat (Minpmeesa), que plusieurs Camerounais ont découvert pour la première fois ce concept qui implique le fonctionnement d’institutions bien connues au Cameroun (associations, coopératives, groupes d’initiative commune, mutuelles…). Pourtant, si la réalité que l’économie sociale recouvre fait bel et bien partie de notre environnement quotidien, elle souffrait encore d’un déficit de connaissance et de compréhension de la part du grand public. Sous ce rapport, le colloque qui s’est achevé hier a eu le mérite de lever un pan de voile sur ce secteur à fort potentiel de croissance qui, s’il est bien maîtrisé et promu, pourrait constituer un gisement d’emplois et l’un des leviers de la relance économique au Cameroun.
Il est acquis que désormais, l’administration, les organisations d’économie sociale, les bénéficiaires de cette forme de création de richesses, ont une perception consensuelle de l’économie sociale au Cameroun. Jules Marcel Mandeng Nyobe, directeur de l’Economie sociale au Minpmeesa, délimite le champ d’action de ce secteur. En fait, selon lui, l’économie sociale englobe tous les domaines de l’activité économique. Seulement, elle a la prétention de combler les lacunes de l’économie privée et publique. Dans le premier cas, l’économie sociale, selon Jules Marcel Mandeng, tend à " répondre aux besoins d’intérêt général qui ne peuvent pas toujours être pris en compte par l’économie publique ". Or, dans tous les rouages de l’activité économique, les opérateurs expriment le besoin de voir leurs préoccupations particulières prises en compte. Toutes choses que le formalisme qui caractérise l’économie publique ne permet pas…La prise en compte de ces spécificités passe donc par des partenaires qui connaissent mieux ces particularismes : organisations, ONG, GIC, mutuelles… Le colloque de Yaoundé a mis à la disposition de l’Etat et des différentes administrations des données sur lesquelles devra reposer l’action gouvernementale de promotion de ce secteur afin d’en tirer le meilleur parti. Car dans un pays comme la France, l’économie sociale a généré près de trois millions d’emplois. Parions que si le secteur est bien structuré au Cameroun, et des solutions idoines apportées aux problèmes cruciaux qui se posent, comme celui du financement, l’économie sociale fera encore parler d’elle, cette-fois, davantage sur le terrain, et non plus dans le cadre très intellectuel d’un colloque.
Rousseau-Joël FOUTE
Cameroon Tribune, 29/06/06
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