Constat d'un atelier consacré, le 16 septembre 2005, à la restitution de l'analyse genre sensible des manuels et outils d'économie sociale et familiale (ESF) au Cameroun.
Organisée par l'ACESF-CA, la rencontre a réuni 21 personnes dans la salle de conférences du Club des Jeunes Aveugles Réhabilités du Cameroun (CJARC) à Ekié-Yaoundé. Parmi les participants figuraient trois inspectrices nationales et huit inspectrices provinciales d'ESF, un inspecteur provincial de mécanique, les déléguées d'antenne et les membres du conseil d'administration de l'ACESF-CA.
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Trois thèmes ont meublé l'atelier : la problématique de l'ESF au Cameroun ; la méthodologie d'analyse genre sensible des manuels scolaires et la présentation des résultats de l'analyse. Mais avant l'exposé du second thème, une mise à niveau des apprenants sur le concept genre a été effectuée. L'étude commandée par ACESF-CA a été menée par Dr Dorothée Kom et Mme Salomé Ngaba Zogo. Mme Marie Louise Nwafo Wandji, présidente de l'ACESF-CA a animé, pendant l'atelier, la réflexion sur les problèmes de l'ESF au Cameroun et la recherche de leurs solutions. |
Parmi le faisceau de problèmes notés par les participants, on peut citer pêlemêle : l'ignorance des domaines d'intervention de l'ESF par le public et les décideurs, la politique discriminatoire des programmes d'ESF orientée vers des rôles maternants et de reproduction sociale, la filière réservée aux filles marginalisées, l'insuffisance des formateurs en quantité et en qualité, le chômage des jeunes diplômés (es), la faible concertation entre les professionnels(les) d'ESF, etc.
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Sept (7) manuels scolaires analysés
Les auteurs de l'étude ont procédé à l'analyse quantitative et qualitative de sept manuels scolaires, d'un guide pédagogique d'initiation à l’auto emploi, des programmes de formation et de quelques sujets d’examen d'économie sociale et familiale. En détail, les unités d'analyse sont : (i) Auntie Kate’s cookery book, K.E. Idowu, 1976 et 1985 ; (ii) Economie familiale, éditions Les Classiques africains ; (iii) Initiation à l’auto emploi en économie sociale et familiale : Guide pédagogique, éditions ACESF-CA, 2002 ; (iv) Junior Home Economics Form 1, V.Gill, E. Hildyard and G. Hodelin ; (v) L’Africaine et les sciences ménagères, éditions Les Classiques africains, 1992 ; (vi) L’Africaine et sa maison, éditions Les Classiques africains, 1961 ; (vii) Manuel d’éducation ménagère ESF: o rganisation ménagère et budget familial, Ginette Mathiot, Nelly de Lamaze ; (viii) Morale familiale,éditionsLes Classiques africains, 1964 ; (ix) Programme de formation dans les lycées d’enseignement technique. Economie sociale et familiale, MINEDUC, 1991 ; (x) divers sujets d'examen d'ESF.
Les champs d'observation sont constitués des illustrations, des textes succincts et des textes suivis
Les grilles d'analyse genre de manuels scolaires définies par la Conférence des ministres de l'éducation des pays ayant en commun l'usage du français (CONFEMEN), les auteurs Mireille Barbier et Claude Albert Kaiser, ont soutenu le travail des consultantes. Ces auteurs proposent l'utilisation des illustrations (photos, dessins, schémas...), des textes succincts (titres de leçons, exemples, énoncés d'exercices, légendes d'illustration...) et des textes suivis (exposés, énoncés explicatifs des leçons...) comme champs d'observation.
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La recherche des stéréotypes discriminatoires se fait à travers l'observation des personnages dans les trois champs d'observation ci-dessus énumérés. Les personnages sont considérés comme véhicule de modèles culturels. Pour chaque champ d'observation, l’analyse porte sur deux aspects : un aspect quantitatif relatif à la distribution selon le sexe des personnages ; un aspect qualitatif qui souligne les rôles et les modes de représentation des personnages. |
Prédominance des personnages féminins
Les manuels scolaires présentent des déséquilibres importants et sont porteurs de stéréotypes sexistes discriminatoires. Au plan quantitatif, les écarts entre les taux de représentation des personnages sexués dépassent largement les 10% tolérés pour répondre au critère de satisfaction. Quelques exemples : (i) Auntie Kate’s cookery book compte respectivement 100% de personnages féminins dans ses illustrations, et globalement 86% dans ses textes suivis, alors que dans les textes succincts, on dénombre 75% de personnages masculins ; (ii) Le manuel intitulé Economie familiale présente la configuration suivante : 95% de personnages féminins dans les illustrations, 92% dans les textes succincts et 61% dans les textes suivis ; (iii) Le Guide d’initiation à l’auto emploi en économie sociale et familiale, un document de référence, n’est pas en reste. Ici, la prépondérance est donnée aux personnages masculins, à cause de l’utilisation abusive de génériques qui, d’après le contexte, désignent bien des personnages masculins. On y dénombre ainsi 85% et 86% de personnages masculins respectivement dans les textes succincts et les textes suivis. Seules deux exceptions parmi les manuels analysés, respectent légèrement l’équilibre recommandé dans certains de leurs champs d’observation. Il s’agit du Manuel d’éducation ménagère intitulé Organisation ménagère et budget familial (41,6% de personnages féminins contre 58,6% de personnages masculins dans les textes suivis) et celui intitulé Morale familiale (58,7% de personnages féminins contre 41,30% de personnages masculins). Au total, la prédominance des personnages féminins semble obéir aux conformismes sociaux qui font de l’ESF, un enseignement spécifiquement réservé à la gente féminine. |
Répartition des rôles et des activités très stéréotypés
Au plan qualitatif, la répartition des rôles et activités est très stéréotypée. Les personnages féminins et masculins sont cantonnés dans leurs rôles traditionnels. C'est généralement les personnages masculins qui exercent un travail rémunéré à l’extérieur et souvent il s’agit d’un travail valorisant. Et Ils sont dans ce cas médecins, consultants, experts nationaux ou internationaux, conseillers de ministres, ingénieurs, etc. Ils tiennent des rôles de prestige et de pouvoir, et pour l’essentiel, ont le contrôle des ressources.
Les personnages féminins interviennent largement dans les rôles de satisfaction des besoins de reproduction comme le montre la distribution des rôles en famille. Les quelques exceptions qui ont un travail à l’extérieur exercent des métiers traditionnels : infirmières, institutrices... Quelques rares cas de personnages féminins sont des inspectrices ou conseillères en ESF, fonctions du reste assez valorisantes. Au sein de la famille, l’accomplissement des tâches domestiques revient largement aux personnages féminins. Ils sont maîtresses de maison, ménagères, cuisinières, etc.
Les rôles parentaux sont exercés par les personnages féminins. Ils prennent soin des membres de la famille (mari et enfants), s’occupent de l’éducation des enfants, veillent à ce qu’il n’y ait pas de gaspillage en mettant en valeur leur génie d’économes. Les autres secteurs (activités à l’école, loisirs, réactions émotives,etc.) étant très peu évoqués dans les manuels étudiés, ne sont pas pris en compte dans l'analyse.
Les auteurs des programmes d'ESF sont presque exclusivement des hommes
Concernant les programmes de formation et les sujets d’examen d'économie sociale et familiale, la représentation est égalitaire sauf en ce qui concerne les textes suivis des programmes. En effet les programmes comportent 50% de personnages masculins et 50% de personnages féminins dans les textes succincts. Les sujets d’examen quant à eux comptent 48,5% de personnages féminins contre 51,2 personnages masculins.
On peut donc, à priori, parler d’une répartition satisfaisante. Mais cet équilibre quantitatif ne saurait occulter la discrimination observée au plan qualitatif. En effet, les auteurs des programmes d’ESF en vigueur sont presque exclusivement des hommes alors même que dans cet ensemble de disciplines, on compte majoritairement des femmes. Devrait-on en conclure que l’expertise féminine ne peut être reconnue ? Les consignes des programmes et des sujets d’évaluation semblent ne s’adresser qu’aux enseignants et aux élèves masculins. L’emploi de ces génériques qui, dans la suite des textes examinés, sont accordés au masculin, est récurrent. Ceci peut s’expliquer par la non maîtrise, par les auteurs, des outils et principes de rédaction non sexiste.
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