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Familles
Quand les femmes fuient leurs foyers
 

Jusqu’à une date récente, seuls les hommes abandonnaient le foyer conjugal. De bourreau, ils se muent de nos jours en victimes. Le “ chef de famille ” subit à son tour les humiliations de personne abandonné



Alors que les experts soutiennent que “le rôle de l’homme et de la femme dans la préservation de la paix dans la famille est très important”, le phénomène d’abandon de foyer a atteint la cote d’alerte au Cameroun. “Au cours de l’année 2004, nous avons enregistré des centaines de cas de divorces au seul tribunal de Yaoundé ; plus de 10.000 cas de conflits conjugaux dans les commissariats et services d’action sociale. Pour notre seule sous-direction de la promotion de la femme et de la famille, on a reçu plus de 300 plaintes”, révèle Pierre-Marie Akeum, sous-directeur à la délégation provinciale de la promotion de la femme et de la famille. Avec ses collaborateurs, il avoue recevoir quotidiennement une quinzaine de personnes “qui cherchent une oreille attentive”. Cela explique-t-il, “montre qu’il y a des tensions au sein des familles. A la lecture des faits qui nous sont présentés, il apparaît que les gens parlent d’abandon de la famille”. De plus, le phénomène tant à se féminiser. Sur 20 plaintes déposées à la délégation départementale, huit le sont par les hommes qui accusent leur épouse d’avoir déserté le domicile familial. “Il y a un peu plus de quatre ans, mon épouse a eu des problèmes de santé. Ce qui lui a valu une opération. Elle ne pouvait plus avoir d’enfants. Je lui ai proposé d’en faire avec une autre. Face à son refus, j’ai contacté en cachette, une petite amie avec qui j’ai fait un enfant. Quand elle a été au courant, Antoinette a tout cassé dans la maison avant de claquer la porte”. Jean-Pierre n’est pas le seul à vivre une telle situation. De plus en plus, les femmes camerounaises abandonnent leurs ménages. Toutes les couches sociales sont atteintes. Les causes de cette fuite de responsabilité sont nombreuses. Egocentrisme du partenaire masculin, incompatibilité sexuelle, excès de jalousie, alcoolisme, désillusion, ingratitude, escroquerie… De plus en plus, Internet est à l’origine des infidélités et des fugues. Bernard M. est huissier de justice. C’est seulement trois jours après le départ de son épouse qu’il est informé par une tierce qu’elle est en Europe. Son “cœur” y a épousé un Blanc rencontré sur la toile. Ce départ, se rappelle-t-il aujourd’hui, Clémentine l’a longuement préparé. “Nous avions en projet de peindre notre résidence. Pour ce faire, elle m’a convaincu de retirer 5 millions à la banque pour les travaux. Cet argent a disparu, elle aussi”. Dans le cas de François, sa belle-famille a jugé que leur fille était devenue plus intelligente et surtout plus riche que lui. “Pourtant, c’est moi qui lui ai payé sa scolarité, trouvé le boulot qui lui permet aujourd’hui de gagner davantage que moi”, regrette-t-il.

Des causeries éducatives comme solution

Quelle que soit la raison pour laquelle un conjoint abandonne le foyer, la famille en subit les conséquences positives ou négatives. “On a pitié de soi, on se sent perdu, traumatisé ; cela affecte l’éducation et la scolarité des enfants ; la famille est disloquée”. Frustration, humiliation, déception peuvent conduire les “esprits faibles” à des comportements à risque tels le vagabondage sexuel, l’alcoolisme, voire le suicide. Conscient de ce problème, le ministère de la Promotion de la femme et de la famille organise depuis peu des causeries éducatives. Son objectif est de promouvoir la stabilité des liens matrimoniaux et familiaux. Hommes et femmes s’y rencontrent pour débattre de ce sujet et de bien d’autres.

Par Nadège Christelle BOWA
Le Messager, 02/11/2005

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